Le baclofène

Le baclofène, ou Lioresal ®, est un médicament qui fait beaucoup parler de lui. A la base prescrit pour le traitement des contractures musculaires involontaires d’origine cérébrale ou neurologique (comme la sclérose en plaques), le baclofène est un myorelaxant agoniste du récepteur GABA, qui permet une relaxation des muscles et l’inhibition de certains réflexes. En ce qui concerne l’alcoolo-dépendance, le GABA aurait un rôle important à jouer dans le « craving », le besoin irrépressible de consommer (1).

C’est en 2004 que ce médicament a été pensé comme pouvant être bénéfique aux alcoolo-dépendants par Olivier Ameisen, un médecin alcoolique qui s’est administré lui-même des doses de baclofène après avoir étudié les principes actifs de ce médicament. Guéri de sa dépendance, il tenta de se faire entendre et de promouvoir l’efficacité du baclofène à travers un livre publié en 2008 (2) qui a fait l’objet de controverses, entre demande de lui attribuer le prix Nobel et doutes de la part de la communauté scientifique. D’après l’expérience du Dr Ameisen, dans le cas de l’alcoolo-dépendance, le baclofène permet de réduire le « craving » et mène au long terme à une indifférence à l’alcool.

Depuis cette découverte, les prescriptions médicales se sont multipliées, bien qu’aucune Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) n’ait été délivrée par les autorités françaises garantissant la sécurité des médicaments. La principale raison pour laquelle le baclofène n’a pas reçu d’autorisation est que pour le traitement de l’alcoolo-dépendance, la posologie (dose administrée) est beaucoup plus élevée que lors d’une prescription en cas de contractures musculaires involontaires, ce qui pourrait engendrer des effets secondaires plus ou moins graves (1).

Quelques études ont été réalisées afin de voir la tolérance des individus aux hautes doses de baclofène, son efficacité, ainsi que les possibles effets secondaires. Au travers de celles-ci, des résultats contradictoires ont pu être dégagés, mettant en avant aussi bien les potentiels du baclofène que ses effets délétères. En effet, la prise de hautes doses de baclofène peut engendrer des effets secondaires tels que la perturbation du cycle du sommeil, des vertiges, des troubles digestifs, voire des symptômes plus graves comme l’apparition de troubles dépressifs ou de vigilance nécessitant un arrêt complet du traitement (4), (5). L’effet bénéfique du baclofène est également apparu dans la littérature, puisqu’une haute tolérance au traitement aboutissant à une abstinence complète s’est avérée chez certains patients (6), alors que parfois le baclofène est vu comme favorisant l’abstinence mais uniquement lorsqu’il est couplé à un traitement psychosocial (7).

Du fait de ces résultats contradictoires, aucune conclusion quant à la réelle efficacité du baclofène n’a pu être prononcée. Pour cela, en France en 2012, deux essais cliniques ont été lancés et autorisés par l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM, France) afin de voir les réels effets du baclofène et les risques potentiels. L’étude Bacloville se centre sur des personnes ayant une consommation d’alcool à haut risque, alors que l’étude Alpadir est réalisée avec des patients alcoolo-dépendants résidents en milieu hospitalier. Les résultats définitifs de ces deux essais seront publiés d’ici fin 2015 (3).

Mais, au vu du nombre de prescriptions de baclofène délivrées par les médecins malgré l’absence d’autorisation, celui-ci dispose depuis mars 2014 en France d’une recommandation temporaire d’utilisation (RTU) de trois ans, octroyée par l’ANSM afin d’encadrer sa prescription et de permettre un suivi national de pharmacovigilance (3). Durant ces trois années, les médecins administrant le baclofène sont soumis à un protocole très précis, tels que : n’accorder la prescription qu’après l’échec des traitements déjà autorisés et de manière progressive (doses croissantes jour après jour), offrir un suivi psychosocial aux patients, recueillir les données de tous les patients via un portail électronique, etc. (3), (8).

En ce qui concerne les contre-indications, le baclofène ne doit pas être recommandé dans les cas suivants (3) :

  • existence d’une autre maladie psychiatrique (schizophrénie, trouble bipolaire, dépression)
  • épilepsie ou antécédent de crises comitiales
  • addiction à d’autres substances que le tabac ou l’alcool
  • grossesse
  • prise d’autre(s) médicament(s) aidant au maintien de l’abstinence ou à la réduction de la consommation
  • conduite de véhicule ou utilisation d’autres machines au cours de l’instauration du traitement

Les résultats de la RTU des six premiers mois ont été publiés en mars 2015 et mettent en avant une diminution journalière de la consommation d’alcool, une proportion de presque 50 % des patients devenus abstinents, une diminution du « craving », mais aussi l’apparition d’effets indésirables de nature neurologique (par exemple des convulsions) ou psychologique (troubles anxieux voire dépression). A première vue, il semble alors que le baclofène soit efficace et permette l’abstinence, mais soit aussi la source de certains symptômes relativement graves.

En Suisse, le baclofène n’est à l’heure actuelle pas reconnu par Swissmedic, les résultats des deux essais cliniques Bacloville et Alpadir étant attendus avant de prévoir une éventuelle autorisation. Dans le cas de résultats prometteurs de ces essais, une autorisation définitive pourrait être accordée au baclofène permettant sa commercialisation en France et en Suisse (9).

En somme, le baclofène reste un médicament très controversé. Les décisions le concernant seront prises d’ici la fin 2015 ou en 2016, suivant les résultats des deux essais cliniques et de la RTU. L’autorisation de mise sur le marché et la commercialisation du médicament ne seront possibles que s’il ne menace pas la santé des patients et si son efficacité est prouvée.

Auteur : Olivia Dupraz, juillet 2015

Références

(1) Smadja, J., & Paradis, M. (2015). Baclofène: traitement révolutionnaire ou polémique française?. La Revue de Médecine Interne, 36(1), 3-6.

(2) Ameisen, O. (2008). Le dernier verre. Paris: Denoël.

(3) Site de l'Agence Nationale de Sécurité du Médicament [http://ansm.sante.fr/]

(4) Rigal, L., Hoang, L. L., Alexandre-Dubroeucq, C., Pinot, J., Le Jeunne, C., & Jaury, P. (2015). Tolerability of High-dose Baclofen in the Treatment of Patients with Alcohol Disorders: A Retrospective Study. Alcohol and Alcoholism, agv052.

(5) Rigal, L., Alexandre-Dubroeucq, C., de Beaurepaire, R., et al. Abstinence and ‘low-risk’ consumption 1 year after the initiation of high-dose baclofen: a retrospective study among ‘high-risk’ drinkers. Alcohol Alcohol. 2012;47(4):439–442.

(6) Müller, C. A., Geisel, O., Pelz, P., Higl, V., Krüger, J., Stickel, A., ... & Heinz, A. (2015). High-Dose Baclofen for the Treatment of Alcohol Dependence (BACLAD study): A Randomized, Placebo-Controlled Trial. European Neuropsychopharmacology.

(7) Ponizovsky, A. M., Rosca, P., Aronovich, E., Weizman, A., & Grinshpoon, A. (2015). Baclofen as Add-On to Standard Psychosocial Treatment for Alcohol Dependence: a Randomized, Double-Blind, Placebo-Controlled Trial With 1Year Follow-Up. Journal of substance abuse treatment, 52, 24-30.

(8) Clavreul, L., Santi, P. (2014). Alcoolisme : feu vert officiel à la prescription de baclofène. Le Monde.

(9) Sacco, F. (2014). Pilules de l’espoir pour les alcooliques. Le Temps

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